Le maréchal

Alphonse Juin

(1888-1967)

 

    D'origine modeste. Alphonse Juin, futur maréchal de France, est né le 16 décembre 1888 à Bône, en Algérie, d'une mère corse et d'un père vendéen, gendarme de son état.
   Boursier, il effectue ses études secondaires à Constantine, puis à Alger. En 1909, il entre à l'école militaire de Saint-Cyr et fait partie de 1a promotion " Fez ~ où il a pour condisciple Charles de Gaulle. Il en sort major et reçoit ses galons de sous-lieutenant le 1er octobre 1912.
   Affecté au ler tirailleurs algériens, il fait ses premières armes au Maroc
   Pendant la Grande Guerre, il s'illustre d'entrée et reçoit la croix de la Légion d'honneur en 1914, après la bataille de la Marne. Le 15 mars 1915, en Champagne, le lieutenant Juin est grièvement blessé au bras droit. L'amputation est évitée mais des séquelles ineffaçables l'obligeront définitivement à saluer du bras gauche.
 
  Après la Première Guerre mondiale, Juin entre à l'école de Guerre dont il s'affirme comme un élève si brillant qu'il sera maintenu, contre son gré, comme professeur stagiaire.
   Multipliant les démarches. il est affecté en Tunisie en 1921.
    En 1923 sur l'intervention personnelle de Lyautey, il se retrouve au Maroc. Une solide amitié s'instaure bientôt entre l'illustre maréchal et le jeune capitaine. Juin va dès lors concevoir toutes les opérations du Moyen-Atlas au Tafilalet. Pénétré de la doctrine propre à Lyautey, il se révèle aussi bon stratège qu'organisateur avisé et fin diplomate. Cependant, malgré des états de service exceptionnels, son avancement se trouve incroyablement bloqué.
   
En juin 1926, il est enfin nommé commandant. Lyautey est alors rappelé à Paris, Juin l'accompagne et reste attaché pendant deux ans à son état-major, par fidélité.
   
En 1928, il épouse Marie-Cécile Bonnefoy dont le père est agriculteur dans le Constantinois.
   
Affecté à Rabat, en 1929. comme chef de cabinet militaire du résident général Saint, il est amené à collaborer avec le général Noguès et se lie d'amitié avec le Glaoui, pacha de Marrakech. La pacification du Maroc est en voie d'achèvement quand il reçoit ses galons de lieutenant-colonel, en 1932.
   
En 1933, celui qu'on surnomme déjà Juin l'Africain est rappelé à Paris. Adepte de la guerre de mouvement et ennemi de l'attaque frontale, ses arguments font impression. Promu colonel en juin 1935, il est attaché à l'état-major du Conseil supérieur de la Guerre
   
Le 26 décembre 1938, le voici élevé au grade de général de brigade. Il a tout juste cinquante ans et se retrouve enfin à un niveau d'avancement plus conforme à ses mérites.
   
En septembre 1939, alors que la Deuxième Guerre mondiale vient d'éclater, il est volontaire pour un commandement sur le front et se voit confier la 15e division motorisée. A la tête de cette valeureuse unité, il tient tête a l'ennemi dans le saillant de Valenciennes, couvrant ainsi la retraite anglaise de Dunkerque. Progressivement débordé sur les ailes, il est enfermé dans les faubourgs de Lille et fait prisonnier le 30 mai 1940, puis interné dans la forteresse de Konigstein.
   
Rapatrié sur la demande du maréchal Pétain, il est promu général de corps d'armée et nommé commandant en chef pour l'Afrique du Nord, le 20 novembre 1941, après le rappel du général Weygand.
   
Lors du débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, Juin pousse Darlan à proclamer le cessez-le-feu et favorise le ralliement à Giraud. Il passe des accords avec le commandement américain, ordonne la mobilisation et déclenche les hostilités sur le front tunisien, le 19 novembre.
   Nommé général d'armée en décembre 1942, il commande de mai 1943 a Juillet 1944 le corps expéditionnaire français qui va se couvrir de gloire en Italie.
   
Vainqueur sur le Garigliano, il offre aux Américains une voie triomphale et leur ouvre les portes de Rome, le 4 juin 1944.
   
Rappelé à Alger comme chef d'état-major de la Défense nationale, il transmet son commandement au général de Lattre de Tassigny, le 23 juillet 1944.11 assumera ensuite la haute fonction de résident général au Maroc, de
   
De 1952 à 1956, il exerce la charge de commandant interallié des forces atlantiques terrestres du secteur Centre-Europe.
   
L'année 1952 marque pour Alphonse Juin l'apogée de sa carrière. Promu à un commandement éminent, il est, par-dessus tout, élevé le 8 mai à la dignité de maréchal de France et, comme le veut la tradition, il est élu la même année à l'Académie française.
   
Après avoir triomphé de tous les obstacles, donné tant de gloire à la France et atteint à l'honneur suprême, Juin verra les dernière années de sa vie assombries par la guerre d'Algérie. Fidèle à ses origines, il exprime loyalement son attachement à sa terre natale et, en 1962, il fait publiquement état de ses divergences quant à la politique algérienne du président de Gaulle. Ce dernier le prive alors de toutes ses prérogatives.
   
Le maréchal Juin s'éteint au Val-de-Grâce le 27janvier 1967. La France lui fait des funérailles nationales et il est inhumé aux Invalides.

 

    In L'Algérianiste n°66 de juin 1994 p11

 

JUIN Adolphe (Bône, Algérie 1888 - Paris 1967). Maréchal de France (1952). Membre de l’Académie française (1953). De mère corse (Preziosa Salini), parlait corse selon un témoignage

Complément tire de ARMÉES D' AUJOURD'HUI numéros 272 juillet août 2002 

 

 

                                                                                                                                              

 

Maréchal Alphonse JUIN
Page réalisée avec l'aide de Jean Louis Ventura, André Lacroix, Marcel Ferreres, revue du Cercle Algérianiste (n°66 de juin 1994 page11), Lieutenant Abdil Bicer du Service Historique de l'Armée de Terre.

 

ACTE DE NAISSANCE N° 735

L'an mil huit cent quatre-vingt-huit, le Dix huit Décembre à quatre heures et quart du soir, ACTE DE NAISSANCE de JUIN Alphonse Pierre, enfant du sexe masculin né à Bône au domicile de son aïeul, à Sainte-Anne, avant hier à onze heures du matin.
Fils de JUIN Victor Pierre âgé de trente deux ans, gendarme à pieds et de SALINI Précieuse son épouse âgée de dix huit ans, sans profession, domiciliés à Constantine.
Sur les réquisition et présentation faites par SALINI Pascal âgé de trente huit ans, gendarme, aïeul de l'enfant, domicilié à Bône, Sainte-Anne, qui a assisté à l'accouchement,
En présence de FERRE Guillaume âgé de trente cinq ans et de Goutte David âgé de quarante sept ans, tous deux gendarmes à pieds, domiciliés à Bône.
Nous LEGENDRE Léonor Adjoint au Maire de Bône (département de Constantine), officier de l'Etat civil, par délégation avons dressé le présent acte que nous avons lu aux comparants et signé avec eux.

JUIN Alphonse Pierre, marié à Constantine le vingt six décembre mil neuf cent vingt huit avec Marie Gabrielle Mauricette Cécile BONNEFOY.

Décédé à Paris (5éme arrondissement) le vingt sept janvier mil neuf cent soixante sept.



DE LA VIE DE SOLDAT
AU MARÉCHALAT

A 23 ans ,ALPHONSE PIERRE JUIN sort major de la " promotion FEZ " de Saint-Cyr aux cotés de Charles de Gaulle. Très tôt, ses supérieurs remarquent son travail et sa " personnalité marquée ".Retour sur les qualités exceptionnelles , les différents postes et le dynamisme d'un grand chef militaire.

                                                  

 

 

ALPHONSE PIERRE JUIN (1888-1967)

D'origine modeste. Alphonse Juin, futur maréchal de France, est né le 16 décembre 1888 à Bône, en Algérie Française., d'une mère corse et d'un père vendéen, gendarme de son état.
Boursier, il effectue ses études secondaires à Constantine, puis à Alger.
Le 7 octobre 1909, il signe un engagement de quatre ans comme soldat de 2éme classe au 1er régiment de zouaves à ALGER .Apres avoir suivi le peloton d'élèves gradés, il est nommé caporal. Plus tard, il obtient le galon de sergent et est affecté à la 14éme compagnie. Le capitaine Mingasson qui commande cette unité, le note ainsi : " Sujet exceptionnel. S'il continue comme il a commencé, il ira certainement très loin. "

Le 15 octobre 1910, à 21 ans, il entre en même temps que Charles de Gaulle à Saint-Cyr au sein de la " Promotion Fez ". deux ans plus tard, il en sort major, reçoit ses galons de sous-lieutenant le 1er octobre 1912, et demande comme affectation le 1er régiment de tirailleurs à Blida, choix dicté par la volonté de mieux connaître l'Afrique du Nord. Afin de pacifier les confins algeros-marocains , la garnison de Blida implantes dans la plaine de la Mitidja au sud d'Alger, forme des unités de marche pour le Maroc. Ce pays qui fascine le jeune sous lieutenant, demeure pour lui un mystère. Comme ses notes personnelles tendent à le démontrer : " Pas un instant il ne m'était venu à l'idée que je pourrais à ma sortie mener une existence d'un officier dans une garnison en France, consistant à tourner à vide dans un cycle d'instruction répété chaque année avec une monotonie désespérante. Je crois même que l'esprit et la volonté de revanche, que certains de mes camarades affichaient pour se réconforter, n'eurent jamais aucune résonance en moi, si bourré d'histoire militaire que je fusse. "

Dés son arrivée en Afrique du Nord, le sous-lieutenant JUIN participe à la pacification de l'Atlas entamée par le général Lyautey. Deux mois après son arrivée, Juin est affecté au bataillon de marche de son régiment qui est engagé au Maroc occidental. Le détachement auquel il appartient reçoit la mission d'établir un point d'appui à Guercif. A la tête d'une section, il participe aux combats dans la montagne aux environs de Taza.
Fasciné par le Maroc, il demande à servir dans les troupes auxiliaires marocaines. Affecté au 1er bataillon de tirailleurs marocains sous les ordres du commandant Poeymirau, Juin vit aux cotés d'un chef de grande valeur. Il dira plus tard que c'est Poeymirau qui lui a appris son métier d'officier : " Poeymirau était un troupier né, un troupier à la française , ayant tous les enthousiasmes, tout les dévouements et toute la candeur que cette heureuse disposition comporte. "
En août 1914 le bataillon auquel appartient le lieutenant Juin est envoyé en France. Il débarque à Sète, puis il est transféré à Bordeaux pour former une brigade marocaine. Celle-ci est envoyée en train à Amiens afin de contenir l'avancée de l'armée Von Kluck qui se dirige vers Paris. Le lieutenant Juin, surpris par une situation inattendue, est blessé pour la première fois aux environs de Château-Thierry lors d'un bombardement d'artillerie : " Je compris incontinent que l'artillerie allemande avait recherché une fourchette pour battre la route, repérable aux arbres qui la bordaient ; mon ordre résultait d'une grossière ineptie de mon propre jugement, je rectifiais mon erreur en criant : " Tout le monde en arrière dans le champ de maïs. "

Bien que blessé, il refuse d'être évacué et reste avec ses hommes. Les opérations se poursuivent à l'Ouest de Soissons où la brigade marocaine est chargée d'enlever les positions allemandes.
Cependant, la compagnie dans laquelle Juin commande sa section, sans liaison avec le reste du bataillon, résiste à toutes les contre-attaques qui tentent de la déloger, Après une journée et une nuit de combat, la compagnie réduite à une quinzaine d'hommes, est relevée par des élément du 3éme zouaves. Le lieutenant Juin reçoit pour sa bravoure la croix de la légion d'honneur avec citation à l'ordre de l'armée : " Officier se signalant partout par son courage, son coup d'œil, sa décision… "

Le 14 mars 1915, lors d'une attaque surprise contre les positions allemandes dans le secteur de Mesnil-les-Hurlus, Juin est grièvement blessé au bras droit. L'amputation est évitée mais des séquelles ineffaçables l'obligeront définitivement à saluer du bras gauche. Il reste durant huit mois à l'hôpital mais ne peut récupérer l'usage normal de sa main ni de son bras droits. Il part ensuite en convalescence au Maroc, puis retourne au front le 25 décembre 1916.
Quelques mois plus tard, le 16 avril 1917, le capitaine Juin participe avec 1er régiment de tirailleurs marocains à l'offensive Nivelle.

Après la guerre, Juin se rend à Paris pour suivre les cours de l'École de guerre jusqu'en 1921. dont il s'affirme comme un élève si brillant qu'il sera maintenu, contre son gré, comme professeur stagiaire.
A sa sortie, ses supérieurs le qualifient " d'officier très travailleur " ayant une " personnalité marquée ".
Multipliant les démarches. il est affecté en Tunisie en 1921. Le capitaine breveté Juin fait son stage d'application à Tunis où il est remarqué par le résident général Lucien Saint.
En 1923 sur l'intervention personnelle de Lyautey, il se retrouve au Maroc où il participe à la lutte contre les rebelles dans le rif. Une solide amitié s'instaure bientôt entre l'illustre maréchal et le jeune capitaine. Juin va dès lors concevoir toutes les opérations du Moyen-Atlas au Tafilalet. Pénétré de la doctrine propre à Lyautey, il se révèle aussi bon stratège qu'organisateur avisé et fin diplomate. Cependant, malgré des états de service exceptionnels, son avancement se trouve incroyablement bloqué.

Rembarqué le 10 octobre 1925, il rentre à Paris avec le maréchal Lyautey pour travailler sous ses ordres au Conseil supérieur de la guerre. Alternant, au cours de cette période, combats sur le terrain et fonctions en états-majors, le capitaine Juin apparaît déjà comme un chef remarquable.
En juin 1926, il est enfin nommé commandant.
Devenu chef de bataillon, Juin est, à sa demande, affecté en Afrique du Nord. Le 10 septembre 1927, il se présente au colonel Pichon qui commande le 7éme régiment de tirailleurs algériens à Constantine. Son séjour en Algérie est marqué par son mariage en 1928 avec Cécile Bonnefoy, fille de Maurice Bonnefoy riche propriétaire constantinois. Début 1929, Lucien Saint devient résident général du Maroc. Aussitôt, ce dernier fait demander au chef de bataillon Juin s'il accepterait d'être son chef de cabinet militaire. Réticent, Alphonse Juin demande conseil au Maréchal Lyautey. Celui-ci est formel, il doit accepter. Ainsi, durant quatre ans, le chef de bataillon Juin est associé à la mise en œuvre de la politique de pacification du Maroc. Du fait de ses qualités exceptionnelles , des différents postes qu'il occupe et du dynamisme dont il fait preuve, le chef de bataillon Juin est proposé, par le résident général et le général Nogues, pour le grade de lieutenant-colonel à titre exceptionnel : " On peut dire du commandant Juin, qui est sorti premier de sa promotion de Saint-Cyr, qu'il a largement tenu ses promesses de sa brillante entrée dans la carrière."

La haute personnalité de cet officier se dégage nettement des notes élogieuses qui lui ont été décernées par tous les chefs qui ont eu à l'employer, que ce soit dans la troupe ou dans l'état-major, sur le front de France ou sur le front Marocain (…) Réunit les conditions les meilleures pour être inscrit au tableau d'avancement pour le grade de lieutenant-colonel qui est instamment demandé pour lui par le résident général. "

Promu lieutenant colonel en février 1932, il assure la responsabilité directe de toutes les affaires militaires auprès du résident. Il travaille en étroite collaboration avec les chefs opérationnels et les responsables politiques de la Résidence. Il suit également les opérations sur le terrain et entre en contact avec les généraux français de Loustal, Catroux, Giraud et Huré. Loin de se limiter aux aspects théorique de la guerre, Juin s'intéresse de près aux opérations. En assumant des responsabilités politiques et militaires, Il trouve qu'il est capable de devenir un grand chef militaire. En octobre 1933, affecté à Paris, il quitte le Maroc avec une nouvelle citation.


Affecté comme professeur stagiaire à l'école supérieure de guerre, le lieutenant-colonel Juin est destiné à prendre la suite du colonel Almayer qui dirige le cours de tactique générale. Sa découverte du haut enseignement militaire le déçoit. Il trouve que les cours enseignés ne correspondent pas aux réalités du moment.
En 1933, celui qu'on surnomme déjà Juin l'Africain est rappelé à Paris. Adepte de la guerre de mouvement et ennemi de l'attaque frontale, ses arguments font impression.
Moins d'un an plus tard , le 23 août 1934, il obtient une mutation et rejoint le 3eme régiment de zouaves à Constantine, ou il sert pendant plusieurs mois comme commandant en second. Il se consacre à l'écriture d'un livre : l'achèvement de la pacification marocaine, méthodes et programmes. Dans son étude, il souligne l'intérêt de la formation sur le terrain qui impose une certaine vision de la réalité, proche de celle d'une vraie guerre. A ses yeux, le Maroc est une excellente école pour les chefs et leurs états-majors.
Le 09 mars 1935, il prend le commandement du 3éme régiment de zouaves et il est promu colonel le 25 juin suivant. Le colonel Juin montre alors son opposition à l'enseignement des doctrines héritées de la grande guerre. Il pense que les conflits futurs seront des guerres de mouvement et de fronts discontinus et tente de préparer son régiment à ce type de conflit. Le 10 mars 1937 , il quitte le commandement du 3éme régiment de zouaves et est chargé par Nogues de diriger le travail des états majors qu'il a sous sa responsabilité à Paris et a Alger. Il donne une nouvelle fois entière satisfaction : " (…) Il y a intérêt à donner les étoiles au plus tôt à un officier qui exerce déjà les fonctions de général et qu'il faut pousser puisqu'il est apte aux plus hauts commandements (le général Nogues). "

Pour obtenir ces " étoiles ", il suit les cours au centre des hautes études militaires qu'il quitte en notant les insuffisances françaises en terme de préparation matérielle et de conceptions stratégiques.

Le 26 décembre 1938, le voici élevé au grade de général de brigade. Il a tout juste cinquante ans et se retrouve enfin à un niveau d'avancement plus conforme à ses mérites. Il retourne à Alger pour la préparation des mesures de mobilisations de quatorze divisions à lever en Algérie et en Tunisie. Les événements se précipitent en Europe. Les troupes allemandes entrent à Prague au mois de mars 1939. Le 1er septembre, elles franchissent la frontière polonaise, et le 3, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne.
Le général de brigade Juin, préférant être présent sur le théâtre d'opérations européen plutôt qu'en Afrique du Nord, cherche à obtenir un commandement en France. Appuyé par Nogues, il est désigné pour le commandement de la 15eme DI et mis en route pour la France le 4 décembre 1939. A son arrivée, la division, bien équipée, est placée en position de réserve du grand quartier général, ce qui permet à Juin de préparer ses troupes en mettant au point des manœuvres offensives et défensives. La 15eme DI prévue dans une masse de manœuvre que le haut commandement veut porter en Belgique si celle ci est attaquée par l'Allemagne. Le jour de l'affrontement arrive. Le 10 mai 1940, les panzers allemands entrent en Belgique et le gouvernement à Bruxelles fait appel aux Alliés. Le haut commandement français donne l'ordre au général Juin de mettre en route sa division vers la Dyle ou il doit occuper, conjointement avec la 1ére division marocaine du général Mellier, le secteur de Gembloux.

 

Arrivé sur la ligne de résistance au matin du 11 mai 1940, Juin donne ses instructions pour organiser le secteur. La défense de la ligne Namur-Bruxelles est assurée par la 15eme DI et la division marocaine de Mellier, son ancien camarade du Maroc. Pendant quarante huit heures, Juin et Mellier tiennent en échec l'offensive allemande d'avancer en direction de Saint-Quentin et Amiens. La poussée allemande contraint le haut commandement français à ordonner la retraite. Le 15 mai, Juin doit diriger la 15eme DI vers Lille. Pendant quinze jours, il repousse les offensives allemandes jusqu'à épuisement total de ses munitions. A la tête de cette valeureuse unité, il tient tête a l'ennemi dans le saillant de Valenciennes, couvrant ainsi la retraite anglaise de Dunkerque. Progressivement débordé sur les ailes, il est enfermé dans les faubourgs de Lille.
Mais l'armée française est vaincue : Il est trop tard pour le général Juin qui a décidé de rester avec ces hommes. Il est fait prisonnier le 30 mai 1940 par le général Von Reicheneau commandant la VIeme armée allemande et envoyé en détention à la forteresse de Königstein en Allemagne.

Rapatrié sur la demande du maréchal Pétain, il est promu général de corps d'armée et nommé commandant en chef pour l'Afrique du Nord, le 20 novembre 1941, après le rappel du général Weygand.

Lors du débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, Juin pousse Darlan à proclamer le cessez-le-feu et favorise le ralliement à Giraud. Il passe des accords avec le commandement américain, ordonne la mobilisation et déclenche les hostilités sur le front tunisien, le 19 novembre.


Nommé général d'armée en décembre 1942, il commande de mai 1943 à Juillet 1944 le corps expéditionnaire français qui va se couvrir de gloire en Italie.

Vainqueur sur le Garigliano, il offre aux Américains une voie triomphale et leur ouvre les portes de Rome, le 4 juin 1944.

Rappelé à Alger comme chef d'état-major de la Défense nationale, il transmet son commandement au général de Lattre de Tassigny, le 23 juillet 1944.Il assumera ensuite la haute fonction de résident général au Maroc.

De 1952 à 1956, il exerce la charge de commandant interallié des forces atlantiques terrestres du secteur Centre-Europe.

L'année 1952 marque pour Alphonse Juin l'apogée de sa carrière. Promu à un commandement éminent, il est, par-dessus tout, élevé le 8 mai à la dignité de maréchal de France et, comme le veut la tradition, il est élu la même année à l'Académie française.

Après avoir triomphé de tous les obstacles, donné tant de gloire à la France et atteint à l'honneur suprême, Juin verra les dernière années de sa vie assombries par la guerre d'Algérie. Fidèle à ses origines, il exprime loyalement son attachement à sa terre natale et, en 1962, il fait publiquement état de ses divergences quant à la politique algérienne du président de Gaulle. Ce dernier le prive alors de toutes ses prérogatives.

Le maréchal Juin s'éteint au Val-de-Grâce le 27janvier 1967. La France lui fait des funérailles nationales et il est inhumé aux Invalides.

 







M. Robert Lacroix, Président des Anciens du Corps Expéditionnaire Français en Italie,recevant des mains du Maréchal Juin, le 30 Mai 1955 à Alger, le Drapeau de ce Corps Prestigieux qui s'est illustré en particulier au Mont Cassino





         

 
Historia N° 254 Janvier 1968

Y A UN AN

La peine de la France fut immense quand elle apprit, il y a un an ce mois-ci, la disparition de son dernier maréchal, Alphonse Juin. Ce n'était pas seulement son plus prestigieux chef de guerre, le vainqueur de la campagne d'Italie qui disparaissait, mais aussi un homme de cœur et de caractère. Il était aimé pour sa droiture et son énergie, pour son refus des compromissions, pour sa modestie aussi et pour son accueil si bienveillant. Il fut admiré et aimé à la fois ? ce qui n'est pas le privilège de tous les grands hommes. Son souvenir ne sera pas oublié. Maurice Genevoix l'évoque pour nous. .

LE MARECHAL JUIN
Par Maurice Genevoix
de l'académie française

Paris a rendu l'an dernier au maréchal Juin un émouvant et digne hommage. On peut croire que les familiers du grand soldat, les chefs qui eurent l'honneur de servir sous ses ordres, lorsqu'ils rappelaient l'éminente valeur du stratège et l'éclat de ses victoires, rejoignaient en pensée la foule de ses anciens soldats : ceux-là mêmes qui montaient, perdus dans les interminables files des Invalides, vers la dépouille de leur chef pour le saluer une dernière fois.
Rien de plus naturel et de plus légitime que ce rapprochement sentimental. Qu'il me soit permis de l'écrire à travers le souvenir de l'homme ? le maréchal Juin l'eût souhaité. Je voudrais que l'on m'accorde de dire pourquoi.
Il s'est trouvé que les dispositions du règlement académique m'avaient, en 1953, désigné pour l'accueillir au nom de ses nouveaux confrères. Je ne l'avais, jusqu'alors, jamais vu. C'est le souci d'information que me dictait la circonstance qui provoqua nos premières rencontres.
Tout de suite, dès la poignée de main, par la vertu du regard direct, grâce au ton de la voix sans apprêt, à la chaleur de la présence, je sentis tomber une à une les barrières qu'auraient pu élever une compréhensible timidité, un trop naturel respect humain. Ou plutôt, je me rendis compte que ces barrières n'avaient pas de raison d'être.
De cette aisance initiale, l'admiration ne devait point souffrir, bien au contraire. Car il me fut vite évident, à travers les propos, les récits, les seuls comptes rendus de tiers qui le connaissaient bien, en l'occurrence ses collaborateurs les plus fidèles et les plus proches, que cet homme si simple, si discret sur son propre compte, si cordial et si facile aux échanges humains, au devis, était un homme exceptionnel, dont la stature grandissait a mes yeux à mesure que je le découvrais.


Le nouveau maréchal en compagnie d'Antoine Pinay.

Les débuts d'une carrière

Qu'il ait été major de sa promotion à Saint-Cyr, que ses premières armes de jeune officier l'aient ramené vers cette France nord-africaine où il était né, ce ne sont pas des signes majeurs où se décèle le futur grand chef. Vocation, " parfaite aptitude à vivre au sud du 35, parallèle ", instinct et goût du combat, du baroud, rien de tout cela qui le singularisât parmi beaucoup de ses condisciples, de ses camarades et de ses jeunes émules militaires. Et pas même ses mutilations ; pas même, bientôt, l'Ecole de guerre. Mais peut-être, déjà, une réflexion plus profonde sur ses premières expériences de guerrier, une manière non commune de s'augmenter ainsi et de faire face à l'événement futur pour des enrichissements nouveaux.
Déjà l'exemple de Lyautey, auprès duquel il sert,. un temps comme aide de camp, les brocards dont le grand Marocain poursuit les " kriegspielards à tous crins, incapables de rien saisir au-delà du cercle étroit des thèmes tactiques et des règlements militaires où ils se sont enfermés ", en même temps qu'ils le frappent et l'émeuvent, touchent au vif son intelligence.
Déjà aussi, à l'Ecole de guerre, des esprits libres et originaux comme celui d'un Henri Bidou l'ont conduit à penser que les hautes intentions stratégiques, génératrices des possibles victoires, autant que de l'art militaire, procèdent de la connaissance des hommes. Cela rejoint ses souvenirs de combattant, dans un accord intime et fort dont il s'inspirera, désormais.
Je ne puis pas le suivre ici à travers les étapes de sa carrière et de sa vie. Soldat de vocation, il a pris de cette vocation une conscience de plus en plus vive, dont la bravoure est un des éléments (deux fois blessé, cinq fois cité comme jeune lieutenant de troupe, cela, qui va de soi, n'en doit pas moins être rappelé). Mais d'autres clartés vont suivre, pour une confirmation stable et forte, finalement éclatante et perceptible aux yeux de tous.

Après la défaite

Tandis que le combattant de 14 rapportait des tranchées la notion d'une armée fraternelle, faite de soldats " venus de tous les horizons, rapprochés dans la misère et dans la gloire par une camaraderie totale, plus sainte que bien des amitiés ", le divisionnaire de 1940, après avoir brisé net, dans la trouée de Gembloux, l'effort de percée mené par deux Panzerdivisionen, peut se convaincre qu'un succès tactique local perd toute son efficacité dans une bataille stratégiquement perdue.
Von Manstein, à Sedan, a frappé au point le plus fort de notre ligne de défense, au " verrou " insuffisamment gardé. Le verrou a sauté, et les colonnes blindées ennemies, désormais, ont poussé leurs tentacules à travers les campagnes françaises.
Prisonnier, réclamé par Weygand pour commander nos troupes au Maroc, libéré non sans peine, appelé au commandement de l'armée française d'Afrique après l'arrestation et l'emprisonnement de Weygand qui l'avait reconstituée, le futur maréchal, dans des conditions extrêmement précaires et dures, va mener en Tunisie une campagne héroïque, efficace, qui préfigure déjà ce que sera la campagne d'Italie.


Le Maréchal Juin en Italie


C'est en septembre 1943 que le général de Gaulle appelle Juin à la tête du corps expéditionnaire français. Le 25 novembre suivant, un Douglas s'envole d'Alger, atterrit à Naples dans la nuit, sous la pluie, ayant à bord le général Juin, son chef d'état-major, le général Carpentier, et quelques rares officiers.
Reçu ainsi en parent pauvre, le chef français n'en va pas moins donner sa mesure. La situation n'est pas brillante. Débarqués en Sicile depuis juin, à Salerne depuis septembre, nos alliés anglais et américains piétinent devant la " ligne Gustav ", qui barre la péninsule à 180 kilomètres au sud de Rome.
Peut-être leurs blindés pourront-ils se déployer jusqu'à la plaine du Pô quand cette ligne aura été forcée. Mais il faut d'abord prendre Cassino, qui la barre. Et Cassino résiste, tient bon à tous les assauts. Assauts meurtriers, épuisants. C'est alors que Juin intervient.

la bataille d'Italie s'enlise, Juin frappe

Au Belvédère, il l'a déjà fait, avec deux divisions seulement. Il a percé le front ennemi ; mais, faute de troupes fraîches d'appui, cette percée est restée vaine. Preuve nouvelle, à ses yeux, que ces attaques sur des fronts étroits, cette " stratégie à portée de fusil " ne peuvent aboutir qu'à de faux succès, dérisoires au regard de la terrible usure qu'ils infligent aux assaillants. Il a son plan, à l'échelle d'une vraie manœuvre d'armée. C'est le plan de Juin, qui deviendra le plan français.
Militairement, c'est un chef-d'œuvre. Toute la future manœuvre y est inscrite, au point que la prescience d'un chef y semble forcer l'événement. Tout s'y tient, tout y concourt, par la vertu et par la force d'une personnalité hors de pair.
D'abord, au moment décisif, une expérience longuement méditée, le souvenir du coup de Sedan qui va être " retourné " à l'ennemi, le verrou des monts Aurunci frappé droit et frappé fort jusqu'à ce qu'il ait sauté, l' " envahissement " de la montagne, le goulet d'Espèria forcé, la route Itri?Pico coupée, la route de Rome ouverte aux blindés.
Ensuite ou simultanément, une " connaissance des hommes " qui assigne et répartit les tâches, le froid et tenace Dody chargé de briser le verrou, le Savoyard Sevez et le Rifain Guillaume, avec ses goumiers et ses mules, chargés d'envahir la montagne, l'intrépide et mordant Monsabert recevant la mission d'exploiter hardiment la percée, et aussi la bravoure, le sens de la "camaraderie du front ", qui poussent Juin au cœur du combat, chaleureux et vaillant, remontant les énergies, ranimant la confiance de tous ; et enfin l'intuition, le flair, grâce à quoi, le 12 mai, alors que l'attaque est bloquée, il sent, au raidissement même de l'ennemi, que celui-ci manque de réserves en soutien, galvanise alors son armée, persiste et passe le lendemain.
Désormais, c'est le corps expéditionnaire français qui mène le train et qui le mènera jusqu'à Rome, jusqu'à Sienne et jusqu'à l'Arno. Alexander, qui commande en chef, Clark, qui commande la Vème armée américaine, à laquelle nous sommes rattachés, le reconnaissent et saluent, avec la valeur de nos hommes, la grandeur prestigieuse du chef qui vient d'en appeler avec eux, décisivement, de la défaite et de l'humiliation.
Qui ne reconnaîtrait cette grandeur ? Mais je la vois grandir encore.
Le 22 juillet, le corps expéditionnaire français s'arrête. Plus exactement, on l'arrête. C'est qu'il y a eu Téhéran. Que l'on ait ainsi renoncé à exploiter, à l'échelon d'une guerre mondiale, une victoire qui pouvait conduire, par les plaines Lombardes et Vénètes, jusqu'à Vienne, jusqu'à cette zone des Empires centraux que Churchill, avec sa rudesse savoureuse, appelait " le bas-ventre sensible de l'Allemagne ", l'histoire dira si ce fut bien jugé.
A cette victoire qui eût épargné, peut-être, un lourd surcroît de souffrances et de ruines, Juin, déjà victorieux, croyait certes de toutes ses forces. Mais on l'arrête. Il est soldat. Il obéit.
C'est là, peut-être, qu'il apparaît le plus grand.

Maurice Genevoix
de l'Académie française

 
EN ECOUTANT LE MARECHAL JUIN

Aux Ecoutes du Monde
43ème Année - N° 1950 - 1er décembre 1961

Devant des officiers de réserves du Centre d'Etudes de Défense Nationale, le Maréchal Juin a prononcé une allocution dont les termes exacts n'ont pas été reproduits, mais dont le texte a été soumis préalablement aux " autorités supérieures ". Le Générale de Beaufort assistait à cette manifestation qui apparut à certains comme une réponse au discours de Strasbourg, auquel n'assistait point le chef du corps expéditionnaire d'Italie.

Quelques jours auparavant, le maréchal, rencontrant quelques journalistes, s'était laissé entraîner à des confidences. Sur le ton de la conversation, et à bâtons rompus :
- A l'Elysée, certains redoutent mes ambitions politiques ! Je suis bien trop vieux. Depuis 1940, la France a fait l'expérience des vieillards, et quelle expérience !

" Et de rappeler que c'est à sa demande, à l'age de soixante-huit ans, qu'il a quitté l'O.T.A.N., pour ne pas répéter l'erreur de Gamelin, maintenu en fonction après la limite d'age. "
- En période de paix, ironise le Maréchal, ni l'opinion, ni le ministre, ni le Chef de l'Etat ne s'aperçoivent que les généraux vieillissent. C'est au feu que leur fatigue physique et intellectuelle apparaît…

Les civils ne vieillissent pas

Le Maréchal s'arrête, et conte cette ravissante anecdote :
- Avant de quitter le commandement du Centre-Europe, j'ai rendu visite au Chancelier Adenauer. Il me demanda la raison de mon départ : " Je suis trop vieux ", lui ai-je expliqué. Un peu surpris, froissé peut-être, il m'a demandé " si je disais cela pour lui ". Alors je lui ai répondu : " Non, certes, Vous êtes un politique, je suis un militaire. Et seuls les hommes d'Etat ont le privilège de ne vieillir point. " Le Chancelier en est convenu.

Leurs " désaccords "

Souriant, détendu, il évoque ce qu'il appelle ses " difficultés " avec le Chef de l'Etat.
- Après le discours du 16 septembre sur l'autodétermination, j'ai exprimé mes inquiétudes dans " l'Aurore ". Le Général a manifesté de l'humeur. Je lui ai alors fait dire : " Puisque tu ne m'as pas compris, expliquons-nous ". Et ce fut le silence. Pendant plus d'un an. Puis un jour, il m'a prié de lui faire connaître par lettre mes observations. Ce que j'ai fait, en publiant ce document…puisqu'on ne voulait pas me recevoir.
" On ne me l'a point pardonné.
" Qu'importe ! Un jour je lui ai dit : Je suis prêt à te renvoyer mon bâton et ma grand-croix, car je n'ai jamais réclamé ni l'un ni l'autre ".
A Saint-Cyr, les deux hommes se connurent peu, quoiqu'ils fussent camarades de " promo ". Leurs relations datent de 1943. Elles furent d'autant plus cordiales que le Général Juin était dénué de toute ambition politique.

L'interdit de séjour

Néanmoins, le Maréchal cache à peine son amertume :
- Je suis interdit de séjour en Algérie, où je suis né, où je possède encore quelques biens.
" Dommage que De Gaulle soit parti d'une idée fausse : celle de l'indépendance, celle de la nation algérienne, comme il a cru à la nation guinéenne ou malienne.
" Il a confondu l'intégration et l'assimilation. Un jour il a dit : " Regardez ces Kabyles, vous n'en ferez jamais des Poitevins ou des Flamands ! " Voilà l(erreur, la confusion avec la francisation.

Le pré carré de papa

Sur le terrain purement stratégique, entre les deux hommes, les divergences ne sont pas moindres. Le général croit à " l'Europe des patries ", à la Sainte-Alliance, au traité de Vienne, à la diplomatie de grand-papa.
- Une armée, dit-il, n'est pas faite pour sortir de ses frontières, mais pour les surveiller, les protéger.
Le Maréchal a dépassé ce stade. Il croit à l'Europe tout court.
- Sans elle, dit-il, pas de défense possible pour la France. Nous ne sommes plus à l'époque de Metternich, mais à l'ère des continents. Un avion traversera bientôt la France en quinze minutes. L'hexagone de grand-papa, le pré carré de nos rois est dépassé ? " Il " ne s'en aperçoit pas.
Evoquant en conclusion le désarroi moral de nombreux officiers, le Maréchal dit encore :
- Il faudra du temps pour refaire l'unité et le moral de l'Armée. Après Waterloo, c'est la conquête de l'Algérie, quinze ans plus tard, qui a, seule permis de refaire l'armée française. Et cela, c'est le général De Gaulle lui-même qui me l'a dit.


                                                                                                                                     

  juinstatue.jpg (56190 octets)     juin1m.jpg (63937 octets)  juin2m.jpg (61623 octets)

Statue du Maréchal Juin

AIX EN PROVENCE photos http://martin.michel47.free.fr/

 

Militaire

Biographie

 

Né à Bône (Algérie), Alphonse JUIN (1888-1967)

Élu en 1952 au fauteuil 4 de l’Académie Française

Grand-Croix de la Légion d'honneur
Médaille militaire
Croix de guerre 1914-1918


Prédécesseur : Jean Tharaud
Successeur : Pierre Emmanuel

                                                            

 

Né à Bône (Algérie), le 16 décembre 1888.


Fils d’un gendarme en poste à Mostaganem, Alphonse Juin fit ses études secondaires en Algérie, aux lycées d’Alger puis de Constantine, avant d’intégrer Saint-Cyr en 1910. Sorti major de sa promotion en 1912, il servit pendant deux ans au Maroc. Quand éclata la Première Guerre mondiale, il fut rappelé en métropole et participa aux combats avec les Tabors marocains. Blessé en 1915, il perdit l’usage de son bras droit. Il repartit alors pour le Maroc où, après quelques mois de convalescence il refuse le poste d’officier d’ordonnance du général Lyautey pour servir à l’état-major de Rabat avant de recevoir, en décembre 1916, le commandement d’une compagnie de mitrailleuses du 1er régiment de tirailleurs marocains. En octobre 1918 enfin, il devait rejoindre l’état-major de la 153e division d’infanterie, puis fut détaché à la mission militaire française près de l’armée américaine.
Après la guerre, il enseigna une année à l’École de guerre avant de regagner l’Afrique, où il se battit dans le Rif. Son action vigoureuse en faveur de la pacification du Maroc au début des années 20 lui valut d’être proposé à titre exceptionnel pour le grade de chef de bataillon.
Étant repassé vers 1930 par l’École de guerre pour y dispenser un cours de tactique générale, il gravit tous les échelons de la hiérarchie militaire, fut promu chef d’état-major des forces armées de l’Afrique du Nord, puis, à la fin de l’année 1938, général de l’armée d’Afrique.
En 1939, au moment de la déclaration de guerre, il fut nommé commandant de la 15e division d’infanterie motorisée. Il couvrit la retraite de Dunkerque en mai 1940, mena un combat désespéré, mais fut fait prisonnier le 19 mai. Libéré à la demande de Vichy en juin 1941, il fut envoyé pour succéder à Weygand comme commandant en chef des forces d’Afrique du Nord.
S’étant rallié aux Américains en novembre 1942, il prit la tête du contingent français qui arrêta la force de l’Axe en Tunisie, et contribua à l’anéantissement de l’Afrikacorps. Appelé par de Gaulle à la tête du corps expéditionnaire français en Italie, il imposa aux Alliés son plan d’offensive et perça en mars 1943 le front allemand sur le Garigliano, ouvrant la route de Rome et de Sienne. Son corps fut ensuite affecté au débarquement de Provence.
Chef d’état-major général de la Défense nationale de 1945 à 1947, il fut (1947-1951) résident général au Maroc. Nommé ensuite inspecteur général des forces armées, il exerça dans le même temps (1951-1956) le commandement interallié des forces terrestres du secteur Centre-Europe de l’OTAN.
Élevé à la dignité de maréchal de France en 1952, Alphonse Juin se montra hostile à la politique algérienne du général de Gaulle, mais refusa néanmoins de soutenir le putsch des généraux.
Le maréchal Juin réunissait toutes les qualités à la fois d’homme de terrain et de stratège. Il était l’un des seuls officiers généraux à tutoyer le général de Gaulle, dont il était camarade de promotion. Leurs rapports étaient néanmoins distants. Comme il avait demandé un jour à ce dernier de lui dédicacer sa photographie, de Gaulle s’exécuta en inscrivant au bas du portrait : « Au maréchal Juin, qui sut saisir la victoire quand elle se présentait. » Il a laissé quelques écrits, notamment un volume de Mémoires.
Membre de l’Académie des Sciences coloniales, il fut élu à l’Académie française le 20 novembre 1952, par 25 voix — une véritable élection de maréchal —, au fauteuil de Jean Tharaud.
C’est Maurice Genevoix qui le reçut le 25 juin 1953. Il reçut lui-même Henri Troyat.
Mort le 27 janvier 1967.

Œuvres de Alphonse JUIN

1957

Le Maghreb en feu 

1958

L’Europe en question (avec H. Massis) 

1959-1960

Mémoires, 2 vol. 

1960

Je suis soldat 

1962

La Campagne d’Italie 

1962

C’étaient nos frères 

1963

La France en Algérie (avec . Narun) 

1964

La brigade marocaine à la Bataille de la Marne 


 

Maréchal Alphonse Juin sur le site de BERNARD VENIS 

http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis/Alger/portraits/pages_liees/06_marechal_juin_pn35.htm

http://bernard.venis.free.fr/lycee_bugeaud/pages_liees/78_marechaljuin_carco.htm
 

 

L’ENFANCE DU MARÉCHAL JUIN par le Géneral CHAMBRE

 

http://generalchambe.free.fr/articles/LES%20JOURS%20HEUREUX.htm

 

LES JOURS HEUREUX

(L’ENFANCE DU MARÉCHAL JUIN)

 

 

 

Il est bientôt midi.  Un jeune garçon de treize ans est allongé, nu, sur les pierres brûlées de soleil.  Le visage tourné vers la surface de l’eau, si proche qu’il pourrait la toucher de ses cils et de ses lèvres, il observe avec une attention aiguë, à plusieurs mètres de profondeur, les splendeurs de la vie sous-marine révélées par la lumière qui tombe du zénith.

 

Spectacle magique dont il ne se lasse pas.  Il vient ainsi chaque jour s’en emplir les yeux à ce même endroit, à la même heure, après s’être baigné sur la plage voisine.  Une plage prodigieusement déserte, vierge depuis des temps immémoriaux, une plage rien que pour lui; elle est son domaine, son empire.  Ses seuls pas ont laissé leur empreinte dans son sable incandescent.  Ses pieds ont couru pour échapper à sa morsure de feu.  Et maintenant il a rejoint son poste d’observation de prédilection.  Il sent sur ses épaules et sur son dos l’ardeur de la méridienne, assoiffée de fraîcheur, boire avidement les gouttes d’eau de mer ruisselant sur sa peau, sensation étrange et agréable de petits pincements, de succions légères vite effacées.  Avec cette température de 50°, en moins d’une minute il est sec.  Sans chapeau, les cheveux poudrés de sel, rompu à cette vie d’enfant en liberté sous l’infini du ciel, l’insolation n’a pas de prise sur lui.

 

Au fond de cette crique abritée, de cette calanque aux eaux de cristal vert, lisses comme un miroir, ses regards plongent dans l’onde transparente, parmi les ombres et les lumières.  Un amoncellement de blocs énormes descend et se perd dans un gouffre glauque, à donner le frisson.  Leurs chevelures d’algues couleur de nuit sont animées de perpétuelles pulsations, comme vit et respire une forêt au rythme de souffles invisibles.  Merveilleux lieu de méditation pour qui sait regarder et comprendre.  Cet enfant sait déjà.  Il regarde et médite.

 

A cette heure, le fond est abondamment peuplé d’êtres vivants.  Voici toute une colonie de très précieux rougets de roche, au dos bossu, aux yeux ronds à fleur de tête, immobiles, le nez tourné vers la côte nourricière d’où tombe la provende.  Leurs nageoires rose pâle sont étalées comme des éventails pour maintenir leur équilibre.  Voici des perches de mer, noir et argent, portant sur leurs flancs, par une troublante anticipation culinaire, les diagonales sombres du gril qui les fera cuire, arrosées d’une persillade de beurre fondu.  Nerveuses, elles ne cessent d’aller et venir, agitées et inquiètes.  Que craignent-elles ?  En ce lieu, elles ne courent aucunement le risque de cette mort sordide.  Pas le moindre pêcheur dans cet éden oublié par le Créateur lorsque, pour châtier Adam, il mit en liquidation le paradis terrestre.

 

Mais voici que surgit d’une zone d’ombre, brillant soudain en pleine clarté, un essaim de girelles.  Beaucoup plus calmes que les perches, minces comme des crayons tricolores, avec leurs bandes longitudinales bleu, blanc, rouge, elles sont si nombreuses qu’elles pavoisent d’un seul coup, pour un quatorze juillet aquatique, le rocher qu’elles survolent.

 

A deux mètres plus bas, une étoile de mer, découpée dans une écorce d’orange, se déplace précautionneusement, à pas lents dirait-on, s’aidant l’une après l’autre de ses cinq branches armées de ventouses.  Mystérieusement averties de son approche par quelque radar secret, les coquilles Saint-Jacques ferment l’une après l’autre le clapet de leur porte cochère.  Elles n’aiment pas cette promeneuse à l’allure taciturne, de mauvaise réputation.  L’astérie a très gros appétit.

 

Mais que se passe-t-il ?

 

Dans un rejaillissement d’étincelles liquides, des centaines de crevettes en pâte de verre translucide, si invisibles que seuls les dénoncent les points noirs de leurs yeux, fuient en tous sens.  Elles se ruent en panique hors du réseau frémissant des algues. Quel danger les menace ?  Un mérou peut-être, ce lion des cavernes ?

Non, c’est pire, ce n’est pas le lion, c’est le tigre, la langouste !  En voici une qui apparaît.  Reine de la forêt sous-marine, elle en sort avec majesté, en écartant les branches, sûre de sa force, elle avance avec la lenteur d’un char blindé, patte après patte, les yeux fixes, ses deux antennes de poste à transistors repliées sur le dos.  Carnassier exclusivement nocturne, pour qu’elle s’aventure ainsi à cette heure insolite, en plein jour, il faut qu’elle soit tenaillée par la faim.  Malheur aux oeuf s de crevettes et aux enfants crevettons !  Elle va en faire carnage !

 

Le petit garçon contemple et réfléchit.  Ces distractions en apparence futiles ne sont pas perdues pour lui.  Il enregistre en profondeur.  Le monde est un champ de bataille universel, sur terre, sous les eaux, dans les airs, partout !  Les uns dévorent, les autres sont dévorés, la loi est inexorable.  Race privilégiée, la gent humaine appartient à l’espèce dévorante.  Privilégiée, ou, qui sait, condamnée à la plus infamante honte, celle de se repaître de la chair des autres, de se nourrir de la vie de milliers d’êtres issus de la mer, du sol, même du ciel ?  Mais à y réfléchir plus avant, s’agit-il bien d’une condamnation ?  Doué d’une intelligence supérieure, donc étant le plus fort, l’homme ne se croit-il pas tout permis ?  A l’origine, sa condition première était-elle vraiment de tuer pour assurer sa propre subsistance ?  Ce qui au début a pu n’être qu’accident ou curiosité gourmande ne serait-il pas devenu à la longue accoutumance, puis besoin et finalement nécessité ?

L’homme n’aurait-il pu se contenter de fruits, de légumes, de végétaux, de farines, de pain ?  Mais, au fait, les végétaux, les arbres, vivent et meurent.  Ils sont même sujet à la maladie.  C’est donc qu’ils sont capables de connaître la souffrance ?  L’homme leur dénie toute faculté sensorielle, est-il sûr d’avoir raison ?  N’est-il pas aveuglé par son orgueil de soi-disant roi de la Création ?

 

Réflexions très au-dessus d’un enfant de cet âge.  Un jour, il a interrogé son professeur :

— Les arbres souffrent-ils quand on les coupe ?  Et le géranium que j’ai laissé mourir de soif dans son pot a-t-il souffert ?

Le professeur surpris a ouvert de grands yeux et répondu, embarrassé :

— On ne sait pas, c’est peu probable, mais peut-être...

Surpris et embarrassé, mais aussi effrayé, on touche ici au domaine de la philosophie pure et cet enfant n’a pas treize ans !  Aussi a-t-il ajouté très vite :

— Va donc jouer aux billes !

 

Réponse dilatoire.  Comment jouer aux billes quand on est fils unique, absolument seul durant trois mois de grandes vacances dans ce véritable désert ?  Non qu’il le regrette, il ne tient pas à jouer aux billes.  Il préfère sa solitude !  Non par raison, mais par tempérament.  Seul, il a tout loisir de regarder, d’observer, de réfléchir.  C’est passionnant de lire dans le grand livre de la Nature !  Bien plus passionnant que de se mêler à la turbulence des cris et des jeux des camarades de votre âge.  Et puis, on a le temps de lire aussi bien d’autres livres.  Les livres, quelle porte ouverte sur le monde !  Il les dévore.  Surtout ceux qui parlent de la mer, de cette mer qu’il voit chaque jour, qu’il ne quitte pas des yeux, même une heure, et qu’il aime.  Elle est sa vie, il est en elle comme elle est en lui.  La mer est son royaume.

 

Est-il donc fils de roi, cet adolescent, pour posséder ainsi la liberté, l’immensité ?

Regardez-le.  Il vient de se lever de la dalle où il s’était couché pour scruter les profondeurs sous-marines.  Le soleil l’éclaire de face, l’obligeant à plisser, les paupières.  Il remet son caleçon de bains.  Solidement bâti, svelte, bien planté sur ses jambes, il a le teint hâlé, avec un beau regard franc, aux yeux vifs couleur de noisette.  Une mèche de cheveux châtains lui tombe sur le front, la bouche est ferme, les lèvres ni trop minces ni trop épaisses, indice d’équilibre et de bonté.  En lui, tout respire la mesure, la maturité précoce, l’intelligence, l’humeur heureuse, la gentillesse, l’harmonie des muscles, la force, la souplesse.  Mais qui est-il ce garçon de treize ans, d’où vient-il ?  Et cette plage de conte de fées, en quel lieu de l’univers déroule-t-elle son sable et son soleil ?  Fils de roi ou petit prince d’une planète inexplorée ?  La vérité est plus simple.  Il n’est qu’un petit garçon comme les autres.  Il porte un nom quelconque, un nom inconnu qui ne dit rien à personne : Alphonse Juin.

 

Et son royaume est bien de ce monde, il s’étend à perte de vue sur le littoral de l’Afrique du Nord, sur cette côte méditerranéenne d’une beauté merveilleuse, avec ses criques inhabitées aux eaux limpides, ses falaises rouges, ses forêts de chênes-lièges vibrantes de cigales, dont les cascades vertes descendent depuis les hautes pentes et viennent baigner leur pied jusque dans la mer, avec leurs ombres épaisses et leurs ruisseaux d’eau vive cheminant secrètement sous les fourrés de lauriers-roses.  Il en est ainsi pendant des centaines de lieues.  De longs espaces de rivages développent leur féerie ignorée des foules.  Pas une habitation d’homme entre les rares villes de la Calle, de Bône, de Bougie, d’Alger et, bien plus loin, d’Oran.  Pas un gourbi, pas un feu dénonçant cette présence humaine qui plus souvent qu’elle ne l’améliore profane la beauté sauvage de la nature.

 

Nous sommes en l’an 1902.  Depuis moins de trois quarts de siècle, les Français ont pris racine sur ce continent, après y avoir guerroyé durant plus de trente ans pour faire régner l’ordre dans cette Algérie où la domination turque, la dernière en date, n’avait réussi qu’à maintenir à l’état incurable la misère et l’incohérence sous toutes leurs formes. 

Ces Français du XIXe siècle ont pris la relève de conquérants ayant, les uns après les autres, prétendu apporter au Nord-Afrique, le plus souvent à leur profit, les bienfaits de leur civilisation.  Les Carthaginois et les Romains s’y étaient essayés avant les Arabes et les Turcs.  Des uns et des autres il n’est resté que des ruines.

 

Si, aux deux bouts de l’immense côte, à l’est et à l’ouest, la Tunisie et le Maroc étaient parvenus à se constituer en nations hiérarchisées, issues de leurs sols, il n’en avait pas été de même pour l’Algérie, toujours dénuée de structure d’ensemble, agglomérat élémentaire de tribus rivales, déchirées par des combats millénaires dont le pillage réciproque demeurait l’objectif immuable.  Un seul lien commun entre elles, la pauvreté inhérente à l’ignorance et à la paresse.

 

De-ci, de-là, quelques chefs locaux plus évolués, résidus des races conquérantes, s’étaient bien levés, cherchant au nom d’Allah, mais plus souvent et plus profitablement en leur propre nom, à établir dans les vallées les plus fertiles quelque chose qui ressemblât à un état organisé, avec ses limites, ses cadres, ses coutumes et ses lois.  Encore ne s’était-il agi que de territoires restreints, sans liaison d’ensemble entre eux.  Mais d’Etat algérien, point !  L’Algérie n’était qu’une entité géographique inventée par les cartographes. En somme, une féodalité arriérée d’où n’était issu aucun roi, aucun empereur, aucun chef valable.  Aussi parler de sentiment national algérien à la fin du XIXe siècle eût été un non-sens.  Ce qu’il fallait de toute évidence à ce pays, pour pouvoir vivre et se développer, c’était s’en remettre à une grande nation moderne pour lui servir de support et se fondre peu à peu avec elle, comme fusionnent deux entreprises industrielles ou commerciales.

Ce que d’autres puissances n’avaient pas su conduire à bien avant elle, la France du XIXe siècle allait-elle y parvenir ?  Ses premiers pionniers, ses colons comme on les avait alors appelés, ceux de 1830 à 1890, avaient ouvert la voie au prix d’un labeur exténuant, souvent dangereux et mortel.  Saurait-elle prolonger ce magnifique effort de quatorze ou quinze lustres pour commencer à défricher cette Algérie à demi-sauvage et aux trois-quarts inculte, l’organiser et la peupler de familles françaises ?  Aurait-elle l’intelligence de le faire ? 

Saurait-elle en particulier, mettre en valeur cette côte algérienne, véritable joyau de la nature, au climat idéal, réplique, vingt fois plus belle qu’elle, de la Côte d’Azur française déjà deshonorée par l’afflux d’une foule devenue si dense que les toits commençaient à s’y toucher les uns les autres et que force serait bientôt d’y vivre au coude à coude et de s’y baigner hanche contre hanche, sans un espace libre ? 

 

Ici, s’ouvrait un champ d’action immense, illimité, s’offrant tout neuf à l’initiative d’hommes jeunes et entreprenants.  Il y aurait des lieues et des lieues de routes en corniche à dessiner, à creuser, des villes et des ports à construire, en ménageant avec soin des espaces libres où la nature serait respectée ; il y aurait à assimiler, à instruire une population autochtone maltraitée et brimée durant des siècles de servitude et devenue si misérable qu’elle ne souhaiterait dans son immense majorité qu’à se donner à qui saurait la soigner et l’aimer.  Si la France le voulait, elle ne demanderait qu’à devenir française.

 

Tout ceci, les Français le comprendraient-ils ?  Sauraient-ils apprécier la chance prodigieuse qu’ils avaient devant eux ?  Il y avait place ici pour des milliers de familles et des millions d’enfants.  C’était un territoire exceptionnel de peuplement.  L’élite de la France allait-elle s’y intéresser, en prendre la direction, ou l’abandonner à quelques gâcheurs, à des affairistes à qui échapperait la transcendance du grand problème à résoudre ?  L’œuvre à entreprendre était exaltante.  Tout était à faire, à créer, sur le plan spirituel comme sur le plan matériel, on taillerait en plein paradis terrestre.  Mais un paradis terrestre, quand on le néglige, qu’on en remet la gérance à des chefs qui par incapacité ou mauvais vouloir trahissent leur mission, a vite fait de devenir un paradis perdu.

Faute de chefs capables, faute de réformes et de soins, de générosité, de foi et d’amour, les Français de demain seraient-ils appelés à ne s’apercevoir qu’ils avaient eu dans les mains le plus fabuleux des trésors que lorsqu’ils l’auraient perdu ?  L’exemple du Canada serait-il oublié ?

 

En cette année 1902, qui donc oserait envisager une aussi absurde perspective ?  Personne.

Pas la famille du petit Alphonse Juin, à coup sûr.  Depuis deux générations (il représente la troisième) elle s’est consacrée à cette tâche de faire de l’Algérie un prolongement de la France.  A des postes modestes, il est vrai.  Mais chaque poste n’est-il pas d’importance quand il s’agit d’une grande entreprise ?  Même les postes effacés ?

Du côté de son père comme de sa mère, les deux familles ont servi la même cause, celle de l’ordre français à établir en Algérie.  Son père, Victor Juin, après quinze années de services militaires dans l’infanterie lui permettant de prendre sa retraite proportionnelle avec le grade de sous-officier, a obtenu d’être versé dans la gendarmerie.  En Algérie, bien entendu.  Il a été affecté à la légion de Constantine.

C’est là qu’il a connu celle qui deviendrait un jour son épouse et serait la mère du jeune Alphonse.  Elle répondait au prénom romantique et charmant de Précieuse, Précieuse Salini.  Elle était elle-même fille de gendarme, le brigadier Salini, d’ascendance corse, ayant, comme son futur gendre mais vingt ans avant lui, accompli quinze années de services dans l’infanterie et la Garde Républicaine, puis sollicité son affectation dans la gendarmerie d’Algérie.  Demande agréée.  Garnison Constantine.  Les deux familles allaient se rencontrer, le destin se nouait.

 

Aujourd’hui, le jeune Alphonse Juin a treize ans.  Ses grands-parents paternels sont morts, mais non son grand-père et sa grand-mère maternels.  Et cela nous amène en ligne droite à cette calanque déserte, aux eaux transparentes, où vivent en abondance rougets de roche et perches de mer, où s’entre-dévorent astéries, coquilles Saint-Jacques, crevettes grises et langoustes.

 

Il est maintenant midi passé.  Le jeune Alphonse le sait rien qu’à la hauteur du soleil.  Là-bas, on doit sûrement l’attendre.  On, c’est sa famille, ici représentée par son grand-père et sa grand-mère, une famille de style militaire, où le principe est sacré : l’heure c’est l’heure, même dans le civil.  Aussi se hâte-t-il.  Il traverse en courant l’ombre chaude et odoriférante de quelques arpents de lauriers-roses, escalade un repli de terrain et de là découvre un décor qu’il connaît depuis toujours, mais qui surprendrait le voyageur aventuré dans ces parages.  Un promontoire dénudé, une falaise escarpée, s’avance dans la mer, portant à son extrémité une tour blanche irradiée de soleil, haute de trente mètres.  Un phare ?  Oui, un phare, avec à son sommet sa cage vitrée circulaire.  La civilisation affirme ici sa présence, sa conquête.  C’est le phare du Cap Rosa, construit depuis l’arrivée de la France.  Il règne sur la solitude.

 

Le grand-père Salini, son temps achevé, avait en effet postulé pour être admis dans le Service des Phares et Balises.  Ce nom romantique l’avait séduit, d’autant plus que de son enfance corse il gardait la nostalgie de la mer latine, avec son parfum d’iode et de varech, le murmure alterné du sac et du ressac drossant les galets, ou se brisant avec des détonations sourdes sur les rochers, symphonie majestueuse inoubliable, ponctuée du cri rouillé des oiseaux migrateurs.  Tout cela, il le retrouverait comme gardien de phare.  Cette nostalgie, il la transmettrait en ligne directe à son petit-fils, ce jeune Alphonse, qui précisément allait naître l’année même où, sa demande agréée, il se verrait affecter au Cap Rosa, son rêve.

 

Une femme âgée, aux traits fins — la mère de Précieuse —attend depuis quelques instants, tête nue, à l’ombre de la tour.  Elle adresse des gestes pressants :

— Tu es en retard, Alphonse !

— Mais non, grand-mère, c’est juste l’heure !

— Si, si, ne raisonne pas !  Cinq minutes !  Tu ne dois pas !

C’est la détente si reposante du déjeuner de midi.  Le soleil entre à pleins bords par la porte large ouverte, les cigales chantent si fort sur la montagne qu’on les entend jusqu’ici.  On mange dans la pénombre fraîche.  Ils sont cinq autour de la table le gardien-chef Royer, tout près de sa retraite, et sa femme (leurs enfants ont l’âge d’hommes et sont partis ailleurs dans la vie), les grands-parents Salini (Salini n’est encore que simple garde) et le petit Alphonse.

 

Que de leçons de choses alors rien qu’à écouter la conversation des anciens !  Que de souvenirs colorés qui peuplent l’horizon!  Le vieux Royer a fait la campagne de Kroumirie, il a entendu siffler les balles.  Il est grand chasseur aussi.  Il a même tué un lion, un des derniers sans doute d’Algérie laissés par Jules Gérard, il l’a tué ici, tout près de la côte, (il montre l’endroit) un énorme, un mâle avec une crinière comme ça, une seule balle au défaut de l’épaule !  Et les panthères et les sangliers, il y en avait plein la forêt sur la montagne.  Il y en a toujours.  Ne t’aventure pas trop loin, Alphonse !  Et là-haut, à la lisière, ou même en bas, en bord de mer, les perdreaux, des gros à collier noir et blanc, de quoi en remplir des sacs !  Et les cailles et les grives, qu’est-ce qu’il y en avait dans le temps !  On pouvait les tuer par centaines rien qu’à coups de bâton à l’arrivée des traversées, à l’époque des passages!

 

Le père Royer disait vrai, mais tout cela serait fini dans peu d’années.  Les armes de chasse apparaissaient partout, se multipliaient.  Les Français destructeurs, avec ces fusils Lefaucheux redoutables se chargeant par la culasse à l’aide de cartouches toutes faites, allaient dilapider ce trésor, anéantir ces réserves naturelles où le gibier abondait.  Quelle tristesse !

Puis, ils évoquaient leurs souvenirs de soldats, leurs officiers, les camarades qu’ils avaient connus.  Ils parlaient de la Corse, de la Vendée, de la Lorraine, de l’Alsace, ces provinces qui avaient donné un si grand nombre d’immigrants, dont beaucoup avaient été les premiers à défricher la Mitidja, alors pestilentielle.  La plupart étaient morts à la peine.  Le cimetière de Boufarik en était plein.  Seulement, à la place des marécages, des buissons d’épineux, qu’est-ce qu’il y avait maintenant comme belles orangeraies, comme champs d’artichauts, comme vignes !  Parlant de la France, ils ne disaient pas la France, mais la Métropole.  Car la France, c’était ici.  Ils étaient ici en France, autant qu’étaient en France les Bretons nés en Bretagne, les Provençaux nés en Provence, les Dauphinois nés en Dauphiné, et tous les autres.  L’Algérie maintenant c’était la France, ça ne se discutait pas, ça ne se discuterait jamais.

 

— Ceux qui naissent ici, comme toi, Alphonse, ils ne seraient pas Français alors ?  Laisse-moi rire !

Et puis la Métropole, c’était si près, aussi près que la Corse de Précieuse, comme qui dirait sur les deux rives d’un même lac.  Tout pareil !

— Quand tu iras en Métropole, Alphonse...

Mais quand irait-il en Métropole, Alphonse ?... Quand la connaîtrait-il ?  C’était tout près, bien sûr, mais le voyage quand même coûtait cher.  Il y avait des années que les Royer n’y étaient retournés, de même les Salini et de même les Juin, tous issus de familles de soldats, c’est-à-dire de familles plus riches d’honneur que de billets de banque.  Or, le bateau, cela se payait non avec un passé de dévouement, mais avec des francs et des sous, beaucoup de ces sous et de ces francs dont l’Etat se montrait si parcimonieux à leur égard.

 

— Si un jour j’étais riche, disait la mère Royer...

— Si je gagnais le gros lot, disait la mère de Précieuse...

— Tu seras peut-être riche un jour, toi Alphonse, disait le grand-père Salini.  Paraît que tu travailles si bien à l’école, tu comprends tout...

— Non, je serai soldat comme vous autres, je serai marin, officier de marine.

— Alors c’est tout comme, tu ne seras pas riche, toi non plus.  C’est pas mieux payé.

— Oui, mais je verrai la mer tous les jours.  Je ne veux pas la quitter.

— Ça c’est vrai.  Tu verras la mer tous les jours.  Et voir la mer, c’est une richesse.  Tout le monde ne peut pas se l’offrir.  Tu as raison mon garçon !

Car c’est décidé, le petit Alphonse veut être marin.  Il est possédé, envoûté par la mer.  Depuis plus de dix ans il vient tous les étés passer ses vacances, toutes ses vacances du premier jour au dernier, au Cap Rosa, trois grands mois d’affilée, juillet, août, septembre.  Ses parents restent confinés dans la caserne de gendarmerie de Constantine, ils ne peuvent lui payer d’autres vacances et le confient à ses grands-parents.  Il n’est pas fils de roi, mais ses vacances sont royales, plus royales que n’en a jamais connu aucun roi de France enfant, même pas Louis XIV, et il n’en veut pas d’autres !  Trois mois de liberté incroyable en pleine nature.

Sur cette côte déserte, il découvre le monde.  Tant de grandeur, tant de silence le marqueront à jamais.

Cette année 1902 est pour lui d’une importance exceptionnelle, il est à un tournant de sa vie.  Jusqu’alors il n’a été qu’à l’école communale de la rue Petit, à Constantine.  Ses instituteurs MM. Stotzel et Delessert ont noté la vivacité de son esprit, sa facilité, son assiduité au travail, sa rare intelligence.  Il comprend tout, il retient tout.  M. Delessert a insisté auprès du recteur de l’Université pour que lui soit attribuée une bourse lui permettant de suivre les cours de l’enseignement secondaire au lycée d’Aumale, à Constantine, afin de passer son baccalauréat.

— Il ira loin, ce petit !

C’est la formule habituelle dont on se sert pour parler d’un bon élève.  Rien n’est plus banal.  M. Delessert en a usé presque sans y penser.  Il n’a pas mesuré le poids qu’elle aurait dans l’avenir.  D’ailleurs; l’avenir est un problème comportant un si grand nombre d’inconnues !  Son collègue, M. Stotzol a renchéri : Alphonse Juin est un sujet comme on en rencontre rarement!  La bourse a été accordée. Ainsi va-t-il, à la rentrée d’octobre, quitter cette école primaire qu’il aimait et dont il était aimé.  Cela l’impressionne un peu, mais il se rassure à la pensée qu’il ne sera pas trop dépaysé au Lycée d’Aumale.  Il y retrouvera deux de ses camarades, Jacques Papi et Fernand Ardouin (1), avec lesquels il est en termes de grande amitié.

Plus tard, l’école communale de la rue Petit tirera fierté de montrer aux visiteurs leurs trois noms gravés, parmi bien d’autres, à l’aide d’un canif dans le bois des pupitres.  M. Delessert aura bien pu dire de chacun d’eux Il ira loin, ce petit !  Il n’a pas moins poussé le manque de clairvoyance jusqu’à avoir infligé aux trois coupables, sur leur bout de leurs doigts, quelques coups réprobateurs de la redoutable baguette d’osier dénommée bigottine.

 

Encore cinq ans, encore six fois l’enchantement des vacances au Cap Rosa.  Mais le jeune Alphonse est devenu un adolescent.  Le grand-père Salini lui a maintenant confié un fusil et permis de s’écarter assez loin.  Aussi, en profite-t-il pour s’enfoncer dans la forêt, à la recherche des empreintes des chacals, des sangliers-phacochères et même des panthères.  Celles-ci sont encore relativement nombreuses, elles survivront soixante-dix ans au dernier lion d’Algérie, mais disparaîtront comme lui, victime de l’indifférence, du manque d’imagination des Gouverneurs Généraux du début de ce siècle, dont aucun ne se sera soucié de la protection de la faune par la création d’un parc national du Nord-Afrique.  Le grand-père Salini en a tué une l’année dernière. 

Un jour dans un sentier mal percé, dont les branches serrées le forçaient à se courber pour pouvoir avancer, le jeune Alphonse s’était trouvé nez à nez avec une panthère, une bête magnifique, au pelage ocellé de taches noires.  Elle aussi chassait le sanglier.  Interdite, elle s’était arrêtée, tous crocs découverts, les oreilles aplaties sur la tête, menaçante, prête à bondir.  Que faire ?  Alphonse n’avait pas de balle dans son fusil, mais de simples cartouches de plomb n0 7, pour perdreaux.  Attaquer, c’est-à-dire tirer ?  Folie, le rapport des forces était nettement en sa défaveur !

Avec beaucoup de sang-froid, il s’était immobilisé à cinq pas de la panthère, se contentant de la tenir en joue.  Il serait toujours temps de jouer le tout pour le tout et de tirer à bout portant si le fauve lui bondissait dessus.  L’idée de fuir ne lui était pas venue, sûr qu’il était de se voir immédiatement poursuivi, de recevoir la panthère sur les épaules et d’avoir la nuque broyée d’un coup de dents.  Plusieurs histoires de chasse de son grand-père ou du garde-chef Royer l’avaient instruit à ce sujet.  Seule, l’immobilité pouvait le sauver.

De longues secondes avaient passé, le chasseur et le fauve, changés en statues, se fixant du regard.  Puis, la panthère s’était décidée.  Tout en se battant furieusement les flancs du bout de la queue, elle avait poussé un rugissement sourd, que le jeune Alphonse n’oublierait de sa vie, avait fait un à-gauche et était rentrée sans se presser dans le fourré, souveraine de son royaume (2).

 

Le soir, encore assez ému de l’aventure, il en avait narré les péripéties au grand-père Salini.  Celui-ci en avait fait la critique en vieux soldat :

— Tu as eu raison de ne pas attaquer, mais tort de t’être trouvé par ta faute dans cette mauvaise situation.  Une troupe est foutue si elle monte à l’assaut armée seulement de pistolets à bouchon.

« Si elle n’est armée que de pistolets à bouchon, c’est qu’elle est commandée par un chef imprévoyant, incapable.  Il n’avait qu’à passer au magasin pour se faire donner de bons fusils et des munitions, avant de se mettre en route en pays ennemi.  Pas vrai ?

« C’est cependant ce que tu as fait.  Tu es parti sans être passé au magasin.  Avoir deux cartouches de 7 dans son fusil à deux coups, c’est complètement idiot !  Où te croyais-tu ?  En Sologne ?  Aie, si tu veux, une cartouche à perdreaux dans ton coup droit, mais toujours, tu entends toujours, dans un pays comme ici, une balle dans ton coup gauche.  Tu l’as échappé belle !

« Si un jour tu deviens officier, ne conduis jamais tes hommes à la bagarre avec un armement insuffisant, inférieur à celui de l’adversaire, ne les engage jamais dans de mauvaises conditions.  Rappelle-toi ça, mon garçon !

Le Maréchal Juin se le rappellera.

 

Mais il n’y a pas que la chasse à laquelle il se livre avec passion en ces dernières années de vacances au Cap Rosa.  Il profite intensément de ces suprêmes moments de liberté.  A seize ans, il est fort, solide, il a toutes les permissions, même celle d’accompagner les corvées de ravitaillement au petit port de la Calle, distant de 32 kilomètres.  Celles-ci s’effectuent à l’aide d’une barque de pêche affrétée par le service des Ponts et Chaussées et manœuvrée par deux Calabrais payés par l’administration.  Le trajet par bon vent demande deux ou trois heures, mais il peut aussi bien durer une journée entière si par malheur le vent faiblit ou souffle en proue.  Alors, à la grande satisfaction du jeune Alphonse, il faut tirer des bordées, faire preuve de réelles qualités de marin.  Les deux Calabrais s’y entendent parfaitement.

On peut aussi accomplir le trajet par voie de terre, à cheval ou à mulet, mais par une mauvaise piste, sinuant d’abord entre deux lacs et traversant ensuite, douze kilomètres plus loin, une sorte de vaste clairière irriguée au moyen de seguias, en lisière de la basse forêt.  Là, une fraction de la tribu des Brabtia, où le grand-père Salini compte de nombreux amis, s’adonne à la culture du maïs et des arachides, son unique ressource avec l’élevage de maigres troupeaux, sur lesquels, dans les temps anciens, le lion prélevait sa dîme — beaucoup plus lourde, disent les Brabtia, que l’impôt, cependant déjà abusif, du dey d’Alger pour le compte du sultan de Turquie.

 

L’été, par le soleil accablant, bêtes et gens rompus de fatigue et de soif parviennent avec soulagement à l’ombre tutélaire, si longuement désirée, de la tour du phare et de son bouquet de figuiers.

Alphonse préférait la mer.  Mais quelle vie magnifique !  Pas un nuage au ciel !

Quelquefois, si étrange que cela soit dans ce désert, on voit arriver un détachement de quelques militaires du génie sous les ordres d’un sous-officier.  Ils viennent s’entraîner aux transmissions optiques avec les sémaphores du Cap de Garde à Bône et de la pointe de Tabarka en Tunisie.  Alors, le soir les conversations se prolongent tard, sous les tentes-marabout, entre les soldats et le grand-père Salini et le garde-chef Royer.

Parfois, aussi, mais rarement, survient une équipe de langoustiers de Bône.  Ils restent alors deux ou trois semaines, l’endroit étant bon pour la pêche.  Le soir venu, ils tirent leurs barques pontées sur la grève et confectionnent les nasses de roseaux où ils conservent leurs prises, échangeant parfois avec la grand-mère Salini contre un litre de vin une langouste très belle mais dépréciée pour la vente parce qu’il lui manque une patte ou une antenne.

La nuit est déjà noire, le ciel criblé d’étoiles, que le jeune Alphonse reste encore parmi les langoustiers, allongé parmi eux sur le sable, écoutant leur propos, n’en finissant plus de les interroger sur leur métier, de les faire parler sur le temps, sur le vent, sur la mer.

 

A quelque distance de là, sur la plage du Grand Canier, non loin du camp des langoustiers, se dresse un petit cimetière marin avec deux tombes d’infortunés pêcheurs italiens péris en mer.  Les vagues ont jadis rejeté leurs corps sur la côte, on les a enterrés là sur place, avec deux pauvres croix de bois, toutes simples, les deux premières que verra le jeune Alphonse.  Tout enfant, conduit par sa grand-mère, il venait déjà les fleurir, impressionné par la notion d’éternité et d’au-delà qui se dégageait de ces deux croix et qu’elle éveillait dans son âme.  Aujourd’hui encore, alors qu’il est adolescent, la vue de cet humble cimetière marin l’incline à la rêverie, à la méditation.  Il en mesure la grandeur.

La contemplation de l’infini de la mer le captive de plus en plus.  Même quand il arpente le haut de la forêt ou du maquis, il la cherche des yeux à travers les branches.  Il n’en perd aucun des aspects, si changeants selon l’heure ou la couleur du ciel.

Et les nuits où souffle la tempête — malgré tout assez fréquentes en Méditerranée — il reste longtemps éveillé, accoudé à son oreiller, écoutant avec une émotion grave et merveilleuse le grondement des vagues déchaînées se ruant à grands coups sourds contre les assises du phare.

Là-haut, au sommet de la tour, passe et repasse la lueur alternée du faisceau lumineux, venant jusque dans sa chambre projeter les rayons et les ombres des raies de ses persiennes.  Que béni soit le phare de son grand-père qui, peut-être, là-bas, dans l’horreur des ténèbres de la mer démontée, apporte son réconfort aux navigateurs en péril et calme leur angoisse !

Ah, être un jour marin !  Vivre comme Robinson Crusoé, le héros de ses rêves d’enfant, la prodigieuse aventure des terres et des océans !

Etre marin ?... Il va bientôt connaître la première grande déception de sa vie.

Alphonse Juin ne sera pas marin.

 


l‘heure d’envisager sérieusement l’avenir a sonné.

S’il ne devient pas marin ce ne sera pas à lui que devra en être imputée la faute mais à l’école de la rue Petit.  Elle a bien signalé au représentant de l’Académie ses rares qualités de sujet doué et intelligent, mais elle l’a fait tardivement.  Elle a conservé trop longtemps sur ses bancs un élève lui faisant honneur, elle ne s’est pas préoccupée assez tôt de ses intentions de carrière.  Deux années précieuses ont été perdues.  Pour d’autres cela n’eût été que de relative importance; pour lui, candidat possible aux Grandes Ecoles, c’était lui porter grandement préjudice.  Entré à treize ans en sixième au Lycée d’Aumale, un simple calcul suffisait à démontrer, étant donné, à l’époque, les conditions d’admission à l’Ecole Navale, qu’il n’aurait, au sortir des Mathématiques Elémentaires, qu’une seule fois à se présenter.  Ce serait bien peu et le succès d’autant plus problématique que le Lycée d’Aumale n’assurait aucun cours spécial de préparation au Borda.

 

Réaliste, le jeune Alphonse Juin, allait bientôt renoncer à cette illusoire préparation.  Son ambition se bornerait à être admis à Polytechnique où la limite d’âge était plus longue.  Or, Polytechnique disposait chaque année de quelques places réservées (à la vérité très peu nombreuses et souvent enlevées par les premiers de chaque promotion) aux élèves les mieux classés, leur permettant d’entrer ainsi « par la bande » dans la Marine Nationale.  Il y aurait là pour le jeune Juin un moyen de parvenir à ses fins.

Sur le conseil du proviseur du lycée de Constantine, son père obtint de le faire admettre, toujours à titre de boursier, comme interne au lycée d’Alger.  Mais là-bas l’attendait une nouvelle déception : il n’y aurait pas dans les prochaines années d’hypotaupe au lycée d’Alger.  Le professeur de mathématiques, par ailleurs remarquable, réservait ses efforts à la préparation des anciens, les meilleurs candidats n’étant généralement reçus que la troisième année.  Les bizuths étaient de ce fait négligés.  Or, le bizuth Alphonse Juin se trouverait déjà limité en deuxième année, un sort malencontreux l’ayant fait naître un 16 décembre.  Précieuse l’avait mis au monde avec quelques jours d’avance, ceci le priverait de pouvoir se présenter à une session supplémentaire.  Ainsi ces misérables quinze jours allaient-ils déterminer de manière décisive l’orientation de sa destinée.  Il arrive que dans une vie d’homme de tels impondérables pèsent d’un poids inattendu.

Que faire dans cette conjoncture ?  Aller en Métropole, à Paris, suivre les cours de ces institutions réputées, telle la Rue des Postes, où les fils de famille étaient chauffés à blanc pour parvenir à tout prix à franchir les portes des grandes écoles militaires, Polytechnique, Navale, Saint-Cyr ?  Alphonse Juin n’était pas un fils de famille... Ces maisons n’étaient pas des institutions d’Etat, mais privées.  Son traitement de sous-officier de gendarmerie ne pouvait permettre à Victor Juin d’y envoyer son fils.

 

Victor Juin, sous son modeste uniforme, était un homme de grande clarté de vues et de jugement sûr.  Lecteur passionné, il s’était formé lui-même, il avait beaucoup appris dans les livres sur lesquels il était constamment penché.  Il était parvenu à une grande culture, à une véritable érudition, dont restaient surpris et admiratifs tous ceux qui l’approchaient.  Or, ayant bien pesé le pour et le contre, estimé que la préparation à Polytechnique à Alger était hypothéquée de trop d’aléas, alors que celle de Saint-Cyr, excellente, obtenait chaque année de beaux succès, il avait fait comparaître son fils :

— Ecoute, Alphonse, il ne faut pas se bercer d’illusions.  Il s’agit de voir clair.  Tu risques de ne pas être reçu à Polytechnique. Or, tu as déjà du retard.  Si tu échoues, tu auras perdu deux années pour rien.  Que deviendras-tu ?  Ce sera fini pour toi...

« Tu veux devenir officier ?  Alors à ta place je préparerais Saint-Cyr.  Là, je crois que tu as de belles chances de réussir.  Réfléchis, mon garçon, et décide toi-même ! »

 

De nouveau réaliste, le jeune Alphonse après avoir renoncé à Navale, avait renoncé à Polytechnique, renoncé à jamais à être marin, renoncé à la mer.  Il se présenterait à Saint-Cyr.  Il avait ainsi pris un grand tournant de sa vie, un virage essentiel, définitif.  En vérité, ces quinze jours d’avance de sa naissance avaient fixé son destin.  Né deux semaines plus tard, il se fût présenté à Navale ou à Polytechnique.

Reçu, il eût fait un excellent marin, mais jamais un maréchal de France.  Ainsi, sa mère, la chère Précieuse, lui avait-elle à son insu rendu le plus beau des services.

 

 

GENERAL CHAMBE

 

 

(1) Jacques Papi sera reçu à Polytechnique et Fernand Ardouin à Saint-Cyr en même temps qu’Alphonse Juin.

(2) J'ai eu le privilège d’entendre le Maréchal Juin évoquer devant moi ce souvenir.

 

 

( Article paru dans la REVUE DES DEUX MONDES du 1er septembre 1968 )

 

               LE MARÉCHAL JUIN, “DUC DU GARIGLIANO”

 

Combattant des deux guerres mondiales, la carrière du général Chambe est beaucoup trop longue et trop compliquée pour l’exposer en quelques lignes.  Retenons-en seulement l’essentiel en ce qui concerne ses rapports avec le futur maréchal Juin.

  Aux heures brûlantes d’Alger, en 1942-1943, alors que le général Chambe était l’un des ministres, puis le chef du cabinet militaire du général Giraud, il eut l’occasion de rencontrer fréquemment le général Juin.  Leurs pensées étaient les mêmes.  Les deux hommes étaient faits pour s’entendre.

  Les événements étant devenus ce qu’ils furent à l’arrivée du général de Gaulle à Alger, le général Chambe rejoignit, sur son invitation, le général Juin à l’Armée d’Italie.  Il prit part ainsi à ses côtés à toute la campagne de 1944, depuis la bataille du Garigliano jusqu’à Florence.  Il l’a vu en pleine action sur les champs de bataille et dans l’exercice de son commandement.  Il l’a admiré en connaissance de cause, il a recueilli maints de ses propos, aussi bien sur le plan militaire que sur le plan philosophique ou simplement humain.

Resté son ami après la guerre, il a continué de le voir très souvent et de noter, au cours de leurs entretiens, ses pensées, ses réflexions, ses réactions durant les vingt dernières années, en particulier au moment du drame algérien, qui fut pour lui si cruel. Le général Chambe, écrivain et historien scrupuleux, était tout spécialement désigné pour écrire cette biographie du maréchal Juin.

 

                                   

Pardonnez mon retard à vous remercier de votre courriel et de votre lien vers le site du général Chambe.
 
Puisque votre site est sur le Maréchal Juin (je l'ai rencontré, ainsi que son épouse, deux fois chez mon grand-père le général Chambe), je vous signale, outre Le Maréchal Juin - duc du Garigliano (Presses de la Cité), le général Chambe a publié trois autres livres où figure le Maréchal Juin : La Bataille du Garigliano (Ditis), L'Épopée Française d'Italie (Flammarion) (préfacé par A. Juin) et Le Bataillon du Belvédère (Flammarion).
Vous trouverez, en attaché, photos et préface susceptibles de vous intéresser.
Pour éviter d'éventuels problèmes de réception, je vous adresse en attaché, sur un autre email, la préface du Maréchal Juin.
 
Amicalement !
Pierre JARROSSON     generalchambe@free.fr

 

Le général Juin et le général de Monsabert.jpg (66235 octets)  Le bataillon du Belvédère, Couverture du livre.jpg (42155 octets)  Couverture du livre.jpg (53850 octets)  Dédicace.jpg (12719 octets) 

 Préface A. JUIN (1).jpg (132584 octets)   Préface A. JUIN (2).jpg (196855 octets)  Préface A. JUIN (3).jpg (185925 octets)  Préface A. JUIN (4).jpg (71106 octets)

JUIN Victor Pierre, gendarme à la 19ième légion de Constantine, a prété serment le 24/02/1888 Paris, ° 08/03/1856 St Denis, 79220, fils de + Alphonse et de ROCHE Modeste, x 07/03/1888 à SALINI Précieuse domiciliée à Constantine. SHAT gendarmerie nationale 19ième légion 42Yc 70bis.
Amicalement
CL SOULIER
e.mail: soulier.claude@wanadoo.fr
http://perso.wanadoo.fr/claude.soulier

TOMBEMJ.jpg (49261 octets)     Une Lourde porte de bronze, dissimulée derrière le grand autel de l'église Saint Louis des invalides, donne accès à un escalier de pierres qui mène à la crypte creusée sous le sanctuaire. C'est dans cette crypte que depuis trois siècles sont ensevelis les gouverneurs des invalides.

ALPHONSE JUIN voulait être enseveli dans sa terre natale, sur le rocher de Sidi M'Cid, dans la lumière du soleil d'Afrique bercé par le grondement des eaux du Rhummel.

Dans le profond silence du caveau des gouverneurs, le Maréchal JUIN repose au milieu de ses pairs, qui, comme lui dans les travaux de la paix comme dans le fracas des batailles, n'ont eu qu'une pensée: servir leur pays.


     siennejuin.jpg (88723 octets)

 

 photos provenant du magazine la charte

 


1967
27 janvier
Mort du Maréchal Juin
A 78 ans, Alphonse Juin, dernier maréchal de France, s'éteint à l'Hôpital du Val-de Grâce à Paris. Il s'était notamment distingué à la tête des forces françaises libres d'Afrique du Nord lors de la libération de l'Italie et du débarquement en Provence. Maréchal de France en 1952 et membre de l'Académie Française, ses obsèques donnent lieu à un grand moment de ferveur gaulliste et télévisée.

SITES

http://www.cgb.fr/monnaies/modernes/m10/gb/monnaiesgbd410.html

http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis/Alger/portraits/pages_liees/06_marechal_juin_pn35.htm

http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_reception/juin.html

 

Photo 209.jpg (213238 octets)  Photo 210.jpg (192130 octets)  Photo 211.jpg (164252 octets)  Photo 214.jpg (179391 octets)

les invalides mois de mai 2005


Photo 270.jpg (58311 octets)  .Photo 271.jpg (50323 octets)  Photo 269.jpg (59294 octets)  Photo 272.jpg (42486 octets)

musée de l'artillerie Draguignan juin 2005


JUIN

ALPHONSE GÉNÉRAL 1888-1967

Le Général Juin fut un compagnon de classe du Général De Gaulle. Au déclenchement des hostilités et durant la campagne de France, il dirigeait la 15e infanterie motorisée qui se battit avec entêtement près de Lille ce qui permit à plusieurs soldats alliés de s'échapper à Dunkerque. D'origine algérienne, à la signature de l'Armistice on lui demanda de rejoindre le Général Weygand en Afrique du Nord. Après l'invasion de cette région par les troupes alliées, il se joint aux combattants de la France libre et connaît le succès dans la campagne de Tunisie. Sa mission suivante le couvrira de gloire car c'est lui qui brisera le verrou du mont Cassin à
Cassino où les alliés, après plusieurs tentatives s'étaient enlisé. Ses capacités remarquables firent de lui après la guerre, le chef d'État-major de la défense française pour ensuite devenir le commandant en chef des forces de l'Europe central de l'organisation du traité de l'Atlantique Nord. Le Général Juin fut pour beaucoup dans la restauration de l'honneur de la France qui avait souffert durant la guerre.

 

                                                 

L'arrivée du général Juin
De gauche à droite :
3e : commandant Jean Rousseau, chef du cercle d'El Ksiba (en blanc).
5e : Monsieur Lessié, directeur de la sécurité du protectorat (en noir avec un chapeau)
6e  : général Alphonse Juin, résident général de France au Maroc (de profil)
9e : Monsieur Boniface, contrôleur civil, directeur des affaires politiques (de profil)

 

 

   

MARECHAL JUIN

DE L ACADEMIE FRANCAISE

LE MAGHREB EN FEU

1957

 


Ce site est dédié à la réunion du quarantième anniversaire d'entrée à Coëtquidan de la

PROMOTION MARÉCHAL JUIN

1966-1968

insigne de première année - ils s'instruisent pour vaincre Maréchal Juininsigne de la promotion Maréchal Juin

Les 23 et 24 septembre 2006

http://marechal-juin.effisk.net/

    
Alphonse Juin, l'épopée du fils de gendarme (1888-1967) 5.00€
Alphonse Juin, l'épopée du fils de gendarme (1888-1967)
Cliquer pour agrandir

 

Quel destin exceptionnel que celui d'Alphonse Juin ! Ce fils de gendarme, ce pied-noir d'une extrême droiture et d'une grande modestie, très tôt attiré par le métier des armes, a gravi un à un les échelons de la carrière militaire, jusqu'à être élevé à la dignité de maréchal de France en 1952.

Combattant de la Grande Guerre, il est grièvement blessé en Champagne. Après une brillante campagne en 1940, il prend la tête de l'Armée d'Afrique en 1941. Le général Juin est ensuite nommé commandant du Corps Expéditionnaire Français en Italie en 1943. Il remporte l'année suivante la victoire du Garigliano qui, en ouvrant la porte de Rome aux Alliés, marque l'apogée de sa carrière et contribue à sa légende. 

Très attaché à sa terre natale du Constantinois, il est meurtri dans les dernières années de sa vie par le drame algérien. 

Collection "Vitae".

 


Auteur: Jean-Paul Huet
ISBN: 2-914818-09-2
Format: 16 x 23 cm
Nombre de pages: 48
Expédition sous 4 jours ouvrés
Zones géographiques associées à cet article: France

 

SITE A VISITER POUR CET ARTICLE

 

 
ANECDOTE
(Echo D’Alger 12/05/1958)

Une victoire qui n’est plus célébrée depuis longtemps parce que c’est une victoire de l’Armée d’Afrique et du Maréchal Juin,
un célèbre Bônois avec ses « Algériens »
Au Garigliano le 11 mai 1944


L'anniversaire de la victoire
du Garigliano

Télégramme du C.E.F.Italie
au président Coty
et au maréchal Juin

Le C.C.F. Italie a adressé le télégramme suivant à M. René Coty président de la République, et à M. le maréchal Juin, à l’issue de la manifestation organisée, comme chaque année le 11 mai, au monument aux morts:
« Les Anciens combattants du corps expéditionnaire français en Italie, réunis pour commémorer l'anniversaire de la Victoire du Garigliano, devant le monument aux morts de la ville d'Alger, en ce 11 mai 1958, en présence des autorités civiles et militaires, ont juré de défendre l'ensemble de la population française et française musulmane voulant que l'Algérie reste française, et que le sacrifice de leurs camarades, en 1942-1944, pour que la France soit au rang des grandes nations, n'ait pas été fait pour « qu'un gouvernement » cède cette belle province française qu'est l'Algérie.
« Remercie l'Armée française de tout ce qu'elle a fait pour sauver la vie des habitants d'Algérie.
« Vous rappellent que la quelque « centaine d'assassins rebelles ne peuvent représenter les dix millions d'habitants de ce territoire français, qui ont tous combattu pour une plus grande France. »

- A. Guidat.

Télégramme des Dauphinois d'Alger au président Rogier

L'Union dauphinoise d'Alger a envoyé à son président, M. Marcel Rogier, sénateur d'Alger, le télégramme suivant :
« Anniversaire du 11 mai 1944, victoire du Garigliano. Les Dauphinois réunis, Sport nautique Pointe-Pescade vous félicitent de vos interventions et vous demandent de rappeler à la France entière, au président Coty, aux Indépendants que vous présidez, aux sénateurs et à tous que l'Algérie est, et demeure française et que si les algériens se sont battus en 14-13 et 42-45 pour que la France demeure, c'est pour qu'aujourd'hui la Français défendent cette province française qui veut le rester. Nous nous souvenons que la Révolution française est partie de Vizille et s'est en un Dauphinois que nous mettons toutes nos aspirations. Nous vous suivrons envers et contre tous.
— Union dauphinoise. »

(Echo D’Alger 12/05/1958)


 

la seybouse de Jean pierre BARTOLINI

http://www.seybouse.info/seybouse/infos_diverses/mise_a_jour/maj73.html

N° 73
Mai

http://piednoir.net

 

juin terre.jpg (234933 octets)    

magazine terre magazine

 

Photo 001juinterre.jpg (181521 octets)

 

juinnice matin2010.jpg (420354 octets)

corse matin du 21-01-2010






 

Paule Madeleine Lartigue D'oranie
25 août

Début janvier 1961.
Le maréchal JUIN ayant publiquement annoncé son désaccord avec la politique algérienne des gaullistes, degaulle, son ancien camarade de promotion (Juin sorti premier de Saint Cyr et degaulle 13è..) lui supprime son état major :
un officier d'ordonnance,
deux secrétaires,
deux voitures avec chauffeur,
soit les avantages attachés à la qualité de MARECHAL,
faute de pouvoir lui enlever cette distinction.

No Comment.

*